orange power !!



Appel à tous ceux qui veulent se joindre au projet TheColorOrange.net pour montrer à la Chine, lors des Jeux olympiques, que nos yeux sont fixés sur la violation des droits de l'homme du régime.
L'idée est simple et raffinée. En utilisant la couleur orange pendant les Jeux olympiques tant en Chine qu'à l'extérieur, on signale qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Cela pourrait être un chapeau orange, une sacoche de caméra, une cravate, un stylo, du papier, une robe, un costume, un sac, ... Même le fait d'éplucher une orange pendant des moments bien choisis peut marquer l'action.
Aucun mouvement politique ou religieux peut revendiquer le projet. En y participant, on montre seulement son soutien au combat pour les droits de l'homme en Chine.
Le gouvernement souhaite le bon déroulement des Jeux, qui permettrait de promouvoir l'image d'une Chine moderne et fonctionnelle devant des milliards de téléspectateurs du monde entier. Son but est de prévenir toute critique ouverte. Mais l'utilisation de la couleur orange peut précisément forcer la censure sévère et mettre un peu de sable dans la machine de la propagande du régime. En même temps, des millions de Chinois opprimés ont la possibilité de faire entendre leur voix pendant les Jeux.
style=""La Charte olympique nomme les principes fondamentaux, " le respect des principes universels, fondamentaux et éthiques " et " encourage le développement d'une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ". Personne ne peut prétendre sérieusement que le régime chinois réalise ces idéaux.
La réussite du projet dépend du nombre de gens connaissant la signification de la couleur orange. Un budget publicitaire s'élèverait à des millions de dollars. Nous ne les avons pas, mais nous pouvons (peut-être) compter sur vous. Si, avec des millions d'autres, vous nous aidez à promouvoir l'idée, on pourra ensemble créer l'effet papillon en faisant souffler un vent de couleur orange sur la Chine.
* Distribuez ce courriel à tous vos contacts, allez sur le site www.TheColorOrange.net et inscrivez-vous sur la liste afin d'être mis à jour sur le projet. Rendez compte sur le site de vos activités ou idées de l'utilisation de la couleur orange, afin de répandre le message comme inspiration pour les autres.
* Utilisez vous-même la couleur orange au moment des Jeux olympiques. Si vous êtes sportifs ou membres d'une association qui soutient les droits de l'homme, demandez-leur d'utiliser la couleur orange dans leur matériel et de soutenir officiellement la campagne.
* L'équipe olympique de la Hollande est membre d'office du projet du fait de sa couleur nationale. Et vos héros olympiques nationaux, ne sont-ils des héros que quand il s'agit de sport ? Imaginons le détenteur de la première médaille d'or essuyant la sueur de son front avec un mouchoir orange...
C'est le sculpteur danois, Jens Galschiot, qui a pris l'initiative du projet " La couleur orange ". L'artiste est indépendant de tout intérêt politique ou religieux et a souvent organisé des événements artistiques pour la défense d'une vision humaniste, en collaborant, entre autres, avec le mouvement pour la démocratie en Chine.
La couleur orange est inspirée, entre autres, par les mots de Kandinsky, " la couleur orange est un rouge humanisée par le jaune ". La couleur de la Chine est précisément rouge, c'est pourquoi on pourrait aider les forces humanistes en introduisant la couleur orange. Mais la couleur orange est aussi inspirée par les habits des prisonniers de Guantanamo, des moines du Tibet et de Birmanie ...
Nous espérons le soutien de ce projet par de nombreux particuliers et de nombreuses organisations.

Jens Galschiot, sculpteur
Banevaenget 22, DK-5270 Odense N
Tél.: +45 6618 4058, Fax: +45 6618 4158
Courriel: contact@TheColorOrange.net
www.TheColorOrange.net

# Online seit Donnerstag, 17. Juli, 2008 um 08:54

les jeux de la démesure

les jeux de la démesure
Dans l'immense Chine où tout est affaire de nombre, de masse, de mobilisation, les Jeux olympiques de Pékin se devaient de faire aussi monter les chiffres sur le podium. De fait, ils donnent le vertige : plus de 100 000 militaires et policiers déployés à Pékin, 70 000 volontaires olympiques pour assister athlètes et spectateurs, 300 000 autres volontaires sillonnant les rues de la capitale pour veiller à la sécurité, 70 millions de fleurs pour de majestueuses compositions à la gloire des JO et de la Chine... Et surtout, avec un coût total estimé à près de 26 milliards d'euros, Pékin fait exploser tous les records. À titre de comparaison, les Jeux d'Athènes de 2004 avaient coûté quelque 9,6 milliards d'euros à la Grèce.

La somme, pour deux semaines de compétitions, paraît à l'évidence d'une folle démesure. Mais à Pékin plus que lors de tous les JO précédents, une immense part des investissements vise à profiter de l'événement sportif pour rattraper un retard dans le développement. La capitale chinoise, en effet, souffrait d'un complexe par rapport à l'insolente métropole économique qu'est Shanghaï. Elle entend s'appuyer sur cet été 2008 pour faire un grand bond en avant. Le premier ministre chinois Wen Jiabao a ainsi affirmé hier que Pékin profiterait sur le long terme des bénéfices des JO. «Nous n'allons pas seulement accueillir des Jeux uniques et de qualité, a-t-il assuré lors d'une visite au stade de basket dans l'ouest de la capitale, mais nous avons bâti une cité plus belle, plus verte et plus civilisée, et ce d'une manière durable.»


Juguler la pollution

Le «coût opérationnel» de l'événement sportif lui-même ne serait «que» de 1,2 milliard d'eu­ros. La grosse part des dépenses concerne les infrastructures, les estimations tournant autour de 17 milliards d'euros, affectés surtout au secteur des transports. Le nouveau terminal de l'aéroport de Pékin, dont la surface fait cinq fois celle de Heathrow, aurait à lui seul coûté 1,9 milliard d'euros. La facture des trois nouvelles lignes de métro tourne aussi autour de 2 milliards d'euros. Des dizaines de millions d'euros ont aussi servi à élargir, embellir certains axes routiers desservant les sites olympiques ou destinés à être empruntés par les flots de touristes. Un aménagement qui a un coût humain, des dizaines de milliers de riverains ayant été forcés de déménager, en recevant souvent des sommes modestes en compensation. Autre gros poste de dépenses pour Pékin 2008, l'environnement. Plus de 6,4 milliards d'euros auraient été affectés aux diverses mesures prises pour juguler la pollution étranglant la capitale et menaçant certaines épreuves des JO.


Mais au-delà de ces moyens considérables mis sur la table sportive à Pékin, c'est la capacité chinoise à s'affranchir des con­traintes économiques habituelles qui est fascinante. Qu'il s'agisse des fermetures d'usines par dizaines pour tenter d'assainir l'air ou des restrictions des visas d'affaires afin de maîtriser l'environnement sécuritaire des Jeux, toutes ces mesures ont un coût financier évident. Peu importe. Pour Pékin, l'essentiel est de réussir les Jeux, coûte que coûte. Dès la clôture de la fête olympique, le moteur chinois pourra repartir à plein régime.


www.lefigaro.fr
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# Online seit Montag, 11. August, 2008 um 10:40

TIBETAN GAMES

TIBETAN GAMES

# Online seit Montag, 11. August, 2008 um 10:41

le dalaï-lama en france

Le dalaï lama est arrivé lundi en France pour une visite de douze jours hautement symbolique en pleine période des jeux Olympiques en Chine, même si aucune rencontre au sommet de l'Etat n'est prévue pour le chef spirituel tibétain.

L'avion en provenance de New Delhi s'est posé à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, au nord de Paris, peu après 06H00 locales (04H00 GMT).

Le chef spirituel du bouddhisme tibétain a été accueilli dans la plus grande discrétion par des membres de sa communauté religieuse avec lesquels il a quitté l'aéroport sans que son entourage, interrogé par l'AFP, ne veuille préciser leur destination.

Le programme de son voyage ne doit commencer que mardi, par la visite d'un centre bouddhiste et d'une pagode en région parisienne.

La visite du dalaï lama, 73 ans, prix Nobel de la Paix et figure mondiale de la non-violence, se veut essentiellement religieuse, hormis une rencontre mercredi au Sénat sur le Tibet.

Bien qu'un temps envisagée, aucune rencontre avec le président Sarkozy n'aura finalement lieu, devant l'hostilité exprimée par Pékin. L'ambassadeur de Chine à Paris, Kong Quan, a ainsi récemment déclaré que "le Tibet est une affaire purement chinoise et le dalaï lama quelqu'un qui a une double face et un double langage".

Le 6 août, Nicolas Sarkozy avait confirmé qu'il ne rencontrerait pas le dalaï lama lors de sa visite en France, mais indiqué que son épouse Carla Bruni-Sarkozy assisterait à une cérémonie présidée par le dignitaire tibétain le 22 août.


Le programme de la visite du dalaï lama en France (Photo /AFP/infographie)
Agrandir la photo
Un communiqué de l'Elysée soulignait que le président de la République comprenait "les raisons qui conduisent le dalaï lama, compte tenu des circonstances présentes, à ne pas solliciter un entretien durant son séjour au mois d'août en France".

Très critiqué par l'opposition de gauche et par les défenseurs des droits de l'homme pour sa présence à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques à Pékin vendredi et pour avoir "renoncé" à rencontrer le dalaï lama, M. Sarkozy a indiqué qu'il aurait l'occasion de rencontrer le chef spirituel tibétain ultérieurement, sans précision de date.

Samedi, dans un entretien à l'AFP, Matthieu Ricard, moine bouddhiste français et proche collaborateur du dalaï lama, avait justifié le report d'une rencontre en soulignant qu'en pleins Jeux Olympiques, elle serait apparue comme "une provocation" avec pour résultat "un durcissement du gouvernement chinois".

Il avait en même temps évoqué "un contraste ahurissant entre la terreur" qui continue au Tibet et "la magnificence des JO", qui se déroulent en Chine.

Le temps fort de la visite du dignitaire tibétain sera une série d'enseignements dispensés par le dalaï lama à Nantes (ouest), du 15 au 20 août.

Le 22 août, il inaugurera un temple à Roqueredonde (sud), en présence de Carla Bruni-Sarkozy. Il achèvera sa visite le 23.

Le responsable bouddhiste, qui est venu une dizaine de fois en France depuis 1982, avait été reçu en 1993 par le président François Mitterrand.

En France, 770.000 personnes, dont les 3/4 sont d'origine asiatique, se réclament du bouddhisme, selon l'Union bouddhiste de France, même si le nombre de pratiquants est difficile à cerner.

# Online seit Montag, 11. August, 2008 um 10:45

Entretien Matthieu Ricard


Télérama.fr Le 11 août 2008 à 11h15

Il aurait pu être généticien mais il a préféré s'exiler sur les hauteurs de l'Himalaya, où il médite et se bat pour l'autonomie du Tibet. Ce proche du dalaï-lama (il traduit ses propos en français) raconte la répression chinoise et la résistance d'une culture obstinément pacifique.
A écouter, dans quelques minutes, la suite de cet entretien.

Extraordinaire destin que celui-là. Fils d'un philosophe (Jean-François Revel) et d'une artiste peintre (Yahne Le Toumelin), Matthieu Ricard, né en 1946, est tombé amoureux des contreforts de l'Himalaya à la fin des années 60. Quittant Paris et une première vie de scientifique à l'Institut Pasteur (spécialisé en génétique cellulaire !), il part vivre au Népal et au Bhoutan, où il étudie le bouddhisme tibétain auprès de deux grands maîtres spirituels. Il devient moine en 1979.

En 1980, son maître Dilgo Khyentsé Rinpoché lui permet de rencontrer le dalaï-lama, alors âgé de 45 ans. Neuf ans plus tard, celui-ci l'invite à devenir son traducteur en français. Depuis, Matthieu Ricard sillonne la planète dans l'entourage du plus haut chef spirituel du Tibet. Il consacre le reste de son temps à son monastère au Népal, camp de base de toutes ses aventures : photographe (il est l'auteur de plusieurs ouvrages), animateur de projets humanitaires, il poursuit aussi un important travail scientifique sur l'influence de l'entraînement de l'esprit - via la méditation – sur la santé du cerveau. Ce fin connaisseur de la cause tibétaine et intime du dalaï-lama se trouvait au Népal lorsque, dès le 10 mars, des manifestants se soulèvent, à Lhassa et dans plusieurs provinces tibétaines, contre l'occupation chinoise.

Comment avez-vous vécu les événements de mars ?
D'aussi près qu'on peut l'être depuis que les journalistes ont été contraints de quitter Lhassa, c'est-à-dire à travers le récit des témoins. Au Népal, dans le monastère où je vis, chaque jour, des gens qui ont de la famille au Tibet reçoivent des coups de fil les informant de ce qui se passe. Untel apprend qu'un cousin a été tué, ou qu'on est sans nouvelles de son frère depuis trois jours. Ces familles téléphonent clandestinement. En quelques secondes, au prix d'un grand danger, elles appellent leurs proches en exil, car c'est la seule façon de relater la réalité des événements. Nous avons chez nous un tailleur qui m'a dit que six membres de sa famille avaient été arrêtés à Lhassa. Et depuis, aucune nouvelle ! Que vous voulez de plus direct que ce type de témoignage, quand on connaît intimement les gens qui sont touchés, et qu'ils vous confient ça uniquement parce qu'ils vous font confiance ?

Ces témoignages sont les seuls qui existent désormais ?
Oui, depuis que James Miles, de la BBC, le dernier journaliste sur place, est parti le 16 mars. On sait que deux jours plus tôt, dans le quartier du Barkhor, des Tibétains ont effectivement brûlé des boutiques, on a tous vu ces images tournées par la télé chinoise - sans qu'on soit certain que tous les « casseurs » étaient de vrais moines. Mais on n'a rien vu de ce qui se passait un peu plus loin au même moment : la police chinoise qui tirait sur la foule dans les quartiers de Karma Gonsar et Drapchi, alors que les chars bloquaient les issues. De cela, il n'y a pas eu d'image - ou, s'il y en a eu, nous ne les verrons peut-être jamais. Et les journalistes encore présents le 14 n'ont pas vu grand-chose, ils étaient confinés dans leur hôtel et regardaient de la fenêtre.

Finalement, vous avez suivi les événements comme en direct ?
Oui, les nouvelles tombant à raison de trois appels par jour. La police vient d'entrer dans tel quartier. Elle fouille les maisons. On emmène les gens dans les camions, on ne sait pas où ils vont. A la radio, j'entendais les Chinois dire qu'aucun coup de feu n'avait été tiré ; mais de notre côté, la liste des décès ne cessait de se noircir. A date du 4 avril, nous avons compté plus de cent cinquante morts. Et qu'on ne vienne pas nous dire que nous faisons de la propagande : sur ces cent cinquante morts, nous avons les noms de quatre-vingt-dix, et, croyez-moi, ils ne sont pas morts en mangeant des croissants... Le gouvernement tibétain en exil est très scrupuleux sur la qualité des informations qu'il fournit, il ne gonfle pas les chiffres, il n'en a hélas pas besoin. Comme le dit souvent le dalaï-lama : notre force, c'est la force de la vérité. Sinon, nous n'en avons aucune.

Et ces derniers jours (premiers jours d'avril), quelles sont les informations que vous recevez ?
On parle de plusieurs milliers d'arrestations. L'ensemble de Lhassa est sous surveillance vidéo depuis des années, alors l'armée chinoise a visionné les images, et avec les responsables locaux de la police, elle a identifié les manifestants. Le tout après avoir imposé le couvre-feu le plus strict qui soit. L'autre jour, à Katmandou, un journaliste français me demandait de l'aide pour entrer au Tibet en cachette. Il disait : « Mais si, ce doit être possible ! On peut entrer en Afghanistan, en Irak, alors pourquoi pas au Tibet ? » Nous lui avons expliqué qu'il ne se rendait absolument pas compte ! A Lhassa, aujourd'hui, un étranger ne fait pas 3 mètres ! Et un Tibétain doit avoir un laissez-passer du policier qui tient son secteur pour faire ses courses 300 mètres plus loin. Il n'y a plus une voiture civile ou un autobus circulant entre Lhassa et les villes voisines : il n'y a que les véhicules militaires sur les routes. Le dernier Français qui est sorti, un touriste, a passé quinze postes de contrôle ! Puis le blocus a été décrété. En temps « normal », même si la police est partout et n'hésite pas à tirer aux frontières, on compte deux mille réfugiés tibétains par an. Il y a un centre d'accueil à Katmandou, qui est toujours plein – on y passe quelques jours pour remplir des formalités avant de rejoindre l'Inde. Or, ce centre, ces jours-ci, est vide ! Tout est vissé à triple tour. La seule source d'information, ce sont ces coups de téléphone. Certains ont été diffusés par Radio Free Asia. Mais nous avons aussi des informations qui n'ont été relayées par personne. Comme ce qui s'est passé à Ganzé, dans la province chinoise du Sichuan, où les Tibétains sont nombreux. Il y avait là un chef de village qui a pris la tête d'une marche pacifique de quatre cents personnes. Pas de banderole, pas de slogan. Mais, même ainsi, silencieusement, il faut un sacré culot ! Ils ont été stoppés par l'armée et ont répondu : « On ne fait rien de mal, on marche, c'est tout. » L'armée les a bloqués à nouveau, et leur convoi a été dévié vers un camp militaire, auquel ils ont alors décidé de mettre le feu. L'armée a tiré, et ce chef et quatre personnes ont été tués. Et ça, personne n'en a parlé ! On l'a appris par un coup de fil de la nièce de ce chef, qui nous demandait de faire des prières pour lui et ses amis. Le 3 avril, à nouveau à Ganze, sept cents personnes se sont rassemblées devant le siège du gouvernement local, demandant la libération de deux détenus. Pendant vingt minutes, la police a sommé la foule de se disperser, puis, comme elle refusait d'obtempérer, a ouvert le feu, tuant quinze personnes, dont six femmes, un enfant et trois moines.

Pékin a prétendu que toutes ces manifestations avaient été coordonnées par le dalaï-lama et « sa clique »...
C'est d'une absurdité ! Le 10 mars, c'est le jour anniversaire du soulèvement de Lhassa contre les Chinois [en 1959, NDLR]. Personne au Tibet n'a besoin qu'on le lui rappelle ! Il y a eu, comme chaque année, des manifestations un peu partout. Sans doute plus intenses du fait des jeux Olympiques. On m'a ainsi raconté qu'un homme de l'Amdo, un grand costaud qui avait décidé de porter un drapeau tibétain sur ses épaules - l'insulte ultime pour les autorités chinoises -, s'est mis à parader dans la rue. Les policiers l'ont attrapé, il s'est échappé. Ils l'ont pris à nouveau, quelques moines se sont mis à manifester, et là, ça a dégénéré... Vous rendez-vous compte de la force qu'il faut pour aller défier ainsi les autorités chinoises ? S'enrouler dans le drapeau, c'est un acte kamikaze. Le type se dit : « Je suis prêt à passer quinze ans en prison. » Il le fait en conscience, il se dit : « On en a marre de tant d'oppression, alors je proteste, même si je risque quinze ans de prison... » Et, croyez-moi, les quinze ans de prison, au Tibet, vous les faites jusqu'au dernier jour.

Et ce genre de geste de défiance peut faire que tout s'embrase ?
Oui, parce que la population tibétaine, pourtant si pacifique, est exaspérée. Il y a, en toile de fond, cinquante ans d'oppression. Et avec cette colonisation, tout le monde, jeune ou vieux, est à bout ! Il y a aussi, depuis peu, un appauvrissement de la population, car les Chinois, qui arrivent à raison de deux mille par jour par la liaison directe en train Pékin-Lhassa, prennent tous les boulots qualifiés - mécano, maçon, menuisier. Les Tibétains se retrouvent marginalisés. Alors oui, ça a éclaté cette fois-ci !

Dans votre monastère, arrivez-vous, en des temps comme ceux-là, à vivre normalement, à poursuivre votre travail, la méditation ?
Pourquoi pas ? Il faut savoir se rendre disponible et utile, mais ça n'empêche pas de méditer. A quoi ça servirait d'ajouter, aux difficultés terribles des Tibétains, des difficultés fabriquées par le stress ou la peur ? Le dalaï-lama emploie toujours cette formule, tirée d'un enseignement célèbre : « S'il y a une solution, ça ne sert à rien de s'inquiéter : appliquons-la. Et s'il n'y a pas de solution, s'inquiéter ne fait que rajouter à nos tourments. » Dans le milieu tibétain, tout le monde est très sensible, touché et concerné. Mais c'est comme si on était témoin d'une épidémie de haine, d'avidité, de cupidité. C'est inutile d'attraper soi-même la maladie.

Comment définissez-vous votre rôle auprès du dalaï-lama ?
Je n'ai aucun rôle officiel. J'ai juste la joie et la grande fortune de lui prêter ma voix et ma langue natale lors de ses déplacements dans les pays francophones. Mais je ne suis pas une éminence grise, et je n'ai pas de téléphone rouge pour le joindre en quelques minutes ! Quand je l'accompagne en voyage, je passe un peu de temps avec lui, mais rarement plus de quinze minutes à la fois. Il me fait parfois appeler et me demande de lui raconter ce que je fais, mes projets humanitaires par exemple. Il me dit : « Alors, qu'est-ce qui se passe ? », et on discute un moment.

Le reste du temps, comment s'organise votre quotidien ?
Au Népal, mon temps se partage entre le monastère et un petit ermitage dans la montagne, à deux heures de marche. En bas, c'est du travail sept jours sur sept, de 7 heures à minuit. Là-haut, dans l'ermitage, c'est l'espace de la méditation. J'y ai passé quarante-cinq jours de retraite cet hiver. Sans e-mails, sans téléphone portable - il y en a un 300 mètres plus bas, en cas d'urgence -, et par 0 oC, sans chauffage... Pour moi, c'est la vraie vie. En mars, j'y suis remonté un peu, mais cette fois j'avais pris mon portable. Vous imaginez le paradoxal de la situation : vous êtes là dans une sérénité extérieure totale, avec vue sur l'Annapurna, et, en même temps, vous avez ce téléphone qui vous relie au Tibet, mais aussi à des journalistes ou à des hommes politiques français, à qui il peut m'arriver de parler.

A quoi ressemble la vie du gouvernement tibétain en exil, à Dharamsala ?
A celle de bien des pays, avec un système de démocratie reposant sur un Parlement élu, un Premier ministre, des ministres en charge des grands dossiers – sauf la Défense, ce poste n'existant pas. Le dalaï-lama est un démocrate ; et la Constitution qu'il a voulue – elle a été rédigée avec des experts internationaux il y a une quinzaine d'années - repose sur la séparation entre la religion et l'Etat. Il y a quarante députés, élus par la communauté en exil. Ce sont, pour la majeure partie, des laïcs, de même que les ministres. Le dalaï-lama, lui, est le porte-parole de six millions de Tibétains au niveau du monde. Il est prêt à conseiller, à inspirer, mais les décisions quotidiennes sont prises par les élus. Il insiste sur cette part de modestie dans son rôle, et dit souvent qu'il est disposé à s'en défaire si sa philosophie d'action, la non-violence et le dialogue, n'est plus partagée par la majorité. Autrement dit, si d'autres arrivent à convaincre la majorité des Tibétains que la non-violence et le dialogue ne sont plus pertinents, alors il se mettra en retrait.

A la lumière des événements de mars, sa position par rapport aux JO a-t-elle évolué ?
Le dalaï-lama ne veut pas d'un boycott. Pour lui, les JO sont une opportunité pour la Chine de s'ouvrir au monde et il ne faut pas isoler la Chine. Personnellement, je pense que l'idée d'une action forte pendant la cérémonie d'ouverture est la bonne, de même qu'il faut exiger qu'un dialogue sérieux et honnête entre le dalaï-lama et Pékin puisse être instauré avant les Jeux.

Plus largement, considère-t-il que ses demandes à la Chine - l'autonomie du Tibet, et non pas son indépendance, et le respect des valeurs du peuple tibétain - sont toujours pertinentes ? Il semble bien que la rue demande plus qu'une simple « autonomie ». Ne se sent-il pas débordé ?
Le dalaï-lama insiste toujours sur le besoin de pragmatisme. Pour le peuple tibétain, la question est simple : que peut-il espérer ? l'indépendance ? Les Tibétains n'ont guère de chances de l'obtenir. La Chine a trop besoin du Tibet. Stratégiquement et économiquement, le Tibet est un enjeu majeur. Pékin vole au Tibet son uranium, son lithium – sans parler des deux cent cinquante autres minerais présents dans le sous-sol –, et mise énormément sur le potentiel hydro-électrique de toute la région, le plus important au monde. Le Tibet, c'est sept fois la France et un tiers de la Chine, avec 2 000 kilomètres de frontières avec l'Inde. C'est aussi un territoire qui comptait 40 % de forêts, une richesse déjà amputée de près de sa moitié - et tout ce bois est parti en Chine. Et vous savez ce qui se passe aujourd'hui ? A cause des inondations en aval, côté chinois, les Tibétains, qui ont déjà été spoliés de leurs forêts, n'ont même plus le droit de couper un arbre près de chez eux.

Mais cela doit vous révolter ? Pourquoi alors ne pas demander plus qu'une autonomie ?
Parce que ce n'est pas réaliste ! Le dalaï-lama se fonde sur des paroles de Deng Xiaoping, qui a dit, voici trente ans : « On peut discuter de tout, sauf de l'indépendance. » Alors Sa Sainteté dit : « D'accord, je renonce à l'indépendance, mais parlons d'autonomie et de respect de notre culture et de nos valeurs. » On peut penser que dans le fond de leur coeur les Tibétains voudraient bien l'indépendance, mais ils soutiennent le pragmatisme raisonnable du dalaï-lama. Car si les relations avec la Chine étaient plus harmonieuses, cela pourrait être bénéfique pour les Tibétains, notamment en matière de commerce et de santé. Le combat tibétain n'est pas un combat nationaliste, mais un combat pour protéger une culture.

Mais la Chine, elle, impose ses dogmes et écrase cette culture ! A Lhassa, la ville tibétaine disparaît sous les néons des karaokés...
Oui, on peut penser qu'il se passe la même chose qu'en Amérique du Nord pour les tribus d'Indiens. A Lhassa, les Chinois, qui sont maintenant majoritaires, imposent leurs moeurs, l'alcool, les karaokés, les bordels. Savez-vous qu'il y a plus de prostituées par habitant que dans n'importe quelle autre ville chinoise ? Il y a trois cent cinquante bordels à Lhassa ! On peut dire que la modernité a du bon, bien sûr, quand il s'agit par exemple des cafés Internet, mais quand on y va, que voit-on ? Des gamins qui jouent en réseau du matin au soir à des jeux de guerre. Pour un prix ridicule, ils ont droit à leurs cinq heures de mitraillette. Ou alors à du « chat » on line avec des copines virtuelles en Chine. Et c'est à peu près tout pour Internet, l'accès aux sites non chinois étant largement bloqué.

Parlez-nous de la culture tibétaine, tout ce savoir et ces traditions auxquels s'attaquent les autorités chinoises.
Cette culture, on la trouve encore dans les campagnes, moins atteintes par la sinisation. Tout ce qui a trait aux croyances n'est pas attaqué, il faut reconnaître que le pouvoir chinois préserve plutôt la liberté religieuse ; et à la faveur d'un relâchement récent, on peut à nouveau voir des fêtes populaires avec de la musique, des danses, des chevaux, des tenues traditionnelles. Par contre, tout ce qui est au coeur de la culture, en particulier le monde de l'écrit, est pris pour cible : les jeunes Tibétains courageux qui publient des revues, avec des poèmes, des nouvelles, tout ce qui peut constituer un effort de reconstruction d'une identité tibétaine littéraire, ceux-là sont systématiquement harcelés. Idem pour les rares cinéastes qui essaieraient, les téméraires, de faire un film engagé. C'est l'assurance d'avoir des ennuis très sérieux. Pour les autorités, un bon Tibétain doit être un bon Chinois ! En somme, tout ce qui est anodin est toléré – une fête à cheval, ça passe –, mais tout ce qui porte une pensée tibétaine est attaqué. D'ailleurs, c'est au Népal et à Dharamsala, en Inde, que nous conservons les traces de cette pensée, de cette culture, en archivant des milliers de livres et de documents... Et puis il y a une guerre contre la langue elle-même. Le tibétain est réduit à l'état de seconde langue. Les fonctionnaires, même s'ils sont entre Tibétains, doivent parler chinois. Et ils doivent adopter les moeurs chinoises, boire de l'alcool de manière ostensible et fumer à longueur de journée. Si on ne fume pas comme un pompier, on est suspecté d'être un opposant à la Chine ! Il faut aussi être vêtu à la chinoise, en gris et noir, alors que les Tibétains ont toujours adoré les couleurs, jusqu'à peindre leurs maisons en rouge et jaune... Ensuite, le soir, tout le monde regarde la télé chinoise, avec ses téléfilms débiles et archi tapageurs. Ou alors on va dans les karaokés brailler des chansons chinoises très bas de gamme... Et puis, plus grave encore, les jeunes Tibétains, même les plus doués, ne peuvent pas accéder à l'éducation supérieure, trop chère pour eux. Cela veut dire : pas de médecins tibétains, pas d'ingénieurs des forêts ou des ponts et chaussées ! On est donc obligés de se reposer sur les Chinois pour tout faire. Alors, avec un groupe d'amis, nous lançons des projets d'éducation et de santé dans des régions défavorisées, chez les nomades par exemple. Pour qu'une élite tibétaine ait à nouveau la chance d'émerger. Et le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala consacre 30 % de son budget à l'éducation.

Comment financez-vous vos projets humanitaires ?
Je reverse les droits d'auteur de mes livres aux oeuvres pour lesquelles je milite. Et puis nous avons de généreux bienfaiteurs, aux quatre coins de la planète. A ce jour, nous comptons seize cliniques et douze écoles. Nous construisons aussi des ponts et des puits artésiens. Nous travaillons en Inde, au Népal, au Tibet, un peu au Bhoutan. Nous traitons cent mille patients par an et avons mille cinq cents enfants dans nos écoles.

Qu'espérez-vous des prochains mois ?
Que le dialogue avec le dalaï-lama soit accepté des Chinois. Rapidement ! Car si ça ne se passe pas avant les jeux Olympiques, ce sera fichu, on ne parlera plus du Tibet... Ce qui me rend triste, c'est de voir que le combat pacifique du dalaï-lama n'a encore rien donné de concret. Si c'était le cas, ce serait un exemple pour tous les pays du monde, tous les peuples en lutte, en Palestine et ailleurs : regardez, on peut obtenir beaucoup par la patience et la non-violence ! D'une certaine façon, ceux qui ne soutiennent pas plus vigoureusement notre cause plaident pour le recours à la violence

Propos recueillis par Emmanuel Tellier



( pour des raisons personnels le site est en pause ... je le mettrais a jour dès que possible )

# Online seit Samstag, 20. September, 2008 um 13:12

Geändert am Montag, 20. April, 2009 um 11:30