Des émeutes ont éclaté dans une province chinoise voisine du Tibet, le Sichuan, au surlendemain d'émeutes à Lhassa dans lesquelles, selon le gouvernement tibétain en exil,
80 personnes sont mortes et 72 autres ont été blessés.
Deux cents manifestants tibétains ont lancé des cocktails Molotov et incendié un commissariat de police, un marché et des habitations du comté d'Aba au Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, a rapporté un policier. Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser la foule et procédé à des arrestations parmi les manifestants, qui ont aussi brûlé deux véhicules de police et un camion de pompiers.
Des policiers ont été blessés par des jets de pierres. Le principal bâtiment administratif du comté, gardé par une centaine de policiers, était assiégé par les émeutiers.
Une ONG, le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, a déclaré que les moines de la lamaserie d'Amdo Ngba Kirti, également dans le comté d'Aba au Sichuan, avaient hissé le drapeau tibétain et scandé des slogans en faveur de l'indépendance du Tibet, après les prières du matin.
Les forces chinoises ont donné l'assaut au monastère, où vivent 2.800 lamas. Ils ont tiré des gaz lacrymogènes et empêché les moines de sortir manifester. Le Sichuan, limitrophe du Tibet, est l'une des quatre provinces qui comptent une importante minorité tibétaine.
Samedi, une dizaine de moines avaient été arrêtés et cinq autres blessés par les forces chinoises dans la lamaserie de Taktsang Lhamo Kirti, dans le comté de Dzoge (Sichuan).
Dimanche, l'armée chinoise a bouclé Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet - qui est interdite aux journalistes étrangers non pourvus d'un sauf-conduit et inaccessible désormais aux touristes - afin d'éviter que se reproduisent des émeutes comme celles de vendredi, les plus graves au Tibet depuis 1989.
De nombreux magasins ont rouvert et les voitures circulaient de nouveau dans les rues de Lhassa, le calme y étant revenu, a affirmé dimanche l'agence de presse officielle Chine nouvelle.
Cette description apaisante contraste vivement avec les derniers témoignages reçus de touristes ou d'habitants.
Une jeune touriste occidentale arrivée à Chengdu, dans une province chinoise proche du Tibet, a déclaré ainsi qu'il y avait eu "beaucoup de tirs". "Nul ne peut quitter son hôtel." Des habitants ont parlé d'un quadrillage des rues par l'armée et de perquisitions au domicile de Tibétains.
Selon des habitants, de nouveaux troubles ont éclaté durant la nuit de samedi à dimanche, quand des Chinois de la minorité musulmane Hui ont attaqué des Tibétains pour se venger du saccage de leurs habitations et de leurs biens. Et samedi, déjà, plusieurs personnes avaient évoqué la présence de chars dans les rues de Lhassa.
Les autorités chinoises, d'autre part, ont déclaré dimanche une "guerre populaire" contre le soutien dont jouit le dalaï-lama au Tibet.
Face à cette situation, le dalaï-lama a tenu une conférence de presse, dimanche, pour demander qu'une enquête soit ouverte afin de déterminer si un génocide culturel était en cours au Tibet.
"La nation tibétaine fait face à un grave danger. Que la Chine le reconnaisse ou non, il y a un problème",
a dit le chef spirituel en exil des Tibétains, à Dharamsala dans le nord de l'Inde.
En outre, a-t-il dit, la communauté internationale a le "devoir moral" de rappeler à la Chine qu'elle devait être un bon organisateur des Jeux olympiques; il a estimé toutefois que Pékin méritait d'accueillir ces jeux, cet été.
A l'étranger, les capitales restent inquiètes.
L'Inde a lancé dimanche un appel au dialogue et le Japon un appel au calme. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a demandé au gouvernement chinois de faire preuve de retenue et a exprimé sa vive préoccupation face à l'étendue des violences, faisant écho aux inquiétudes déjà exprimées par l'Europe et l'Australie.
Les bilans des émeutes au Tibet même, les plus violentes depuis celles de 1989, varient selon les sources. A Dharamsala, les Tibétains en exil parlent désormais de 80 tués et 72 blessés. La Chine fait toujours état officiellement d'un bilan de "dix civils innocents" tués, la plupart dans des incendies allumés par les émeutiers. Dimanche, Chine nouvelle rapporte cependant que 12 policiers ont aussi été grièvement blessés.
Les lamas ont commencé à descendre dans les rues au Tibet lundi dernier, le 10 mars, pour marquer le 49e anniversaire du soulèvement de 1959 contre la présence chinoise. Les manifestations se sont ensuite étendues à des régions chinoises habitées par des Tibétains.
Les autorités ont déjà donné un ultimatum aux émeutiers, les exhortant à se rendre à la police avant lundi minuit pour bénéficier de leur clémence, sans quoi ils s'exposeraient à des sanctions sévères.
Le gouvernement a mobilisé en outre des moines bouddhistes jouissant de la faveur du pouvoir pour dénoncer les manifestations, rapporte le Tibet Daily.
Ainsi, selon Pékin, le panchen-lama, deuxième dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain derrière le dalaï-lama, est-il sorti de sa réserve pour soutenir Pékin. Selon l'agence Chine nouvelle, l'homme choisi par Pékin, Gyaltsen Norbu, qui a aujourd'hui 18 ans, a condamné les manifestations.
extrait de challenges.fr
PLUS QUE JAMAIS LE TIBET A BESOIN DE TOUTE NOTRE ATTENTION